Le Parlement européen quitte Google et choisit le français Qwant

Publié le 17 juin 2026

Un vent de souveraineté souffle sur les institutions de l’Union européenne. Dans le cadre de ses efforts croissants en faveur de l’indépendance technologique, le Parlement européen a officiellement pris la décision d’abandonner le géant américain Google comme moteur de recherche par défautsur l’ensemble de ses ordinateurs. À sa place, l’institution a choisi de déployer le moteur de recherche français Qwant. Ce changement, effectif dès le début du mois de juin 2026, marque une étape symbolique forte dans la volonté de l’Europe de s’émanciper de la dépendance aux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) et de protéger ses propres données.

UN CHOIX FONDÉ SUR LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE

Le divorce entre le Parlement européen et Google ne s’est pas fait au hasard. Au cœur de cette décision se trouve une exigence strictede conformité avec les valeurs européennes de protection des données. Contrairement au modèle économique de Google, qui repose en grande partie sur la collecte de données comportementales, Qwant s’est historiquement positionné sur la garantie d’une absence totale de traçage publicitaire.

Pour l’institution européenne, l’enjeu est double en garantissant la confidentialité des recherches effectuées par les députés et les fonctionnaires européens, et en appliquant à elle-même les règles strictes en matière de respect de la vie privée qu’elle impose par ailleurs aux entreprises du secteur à travers le RGPD. En optant pour Qwant, le Parlement s’assure qu’aucun historique de recherche ne sera vendu ou utilisé à des fins de ciblage commercial.

COULISSES TECHNIQUES ET TRAJECTOIRE DE L’ALTERNATIVE FRANÇAISE

Fondé en 2011 et lancé officiellement en 2013 par Jean-Manuel ROZAN, Éric LÉANDRI et Patrick CONSTANT, Qwant s’est structuré autour d’une promesse forte, ne pas tracer ses utilisateurs afin de garantir la neutralité des résultats. Pour se financer sans exploiter les données personnelles, l’entreprise s’appuie sur la publicité contextuelle, c’est-à-dire liée uniquement aux mots-clés saisis lors de la recherche courante, ainsi que sur l’affiliation commerciale.

Sur le plan technique, le moteur de recherche a développé sa propre infrastructure d’indexation du Web (robots d’indexation, serveurs de stockage) pour s’assurer une autonomie opérationnelle. Toutefois, afin de garantir l’exhaustivité et la pertinence de ses résultats à l’échelle internationale, Qwant a noué un partenariat stratégique de long terme avec Microsoft. Cette alliance lui permet de compléter son propre index avec les résultats du moteur de recherche Bing, notamment pour les images et le catalogue de requêtes mondiales complexes, tout en s’engageant à ne transférer aucune donnée d’identification personnelle vers les serveurs américains.

Au fil des années, la société a également diversifié sa gamme de services, déclinant sa solution sous la forme de déclinaisons spécifiques telles que Qwant Junior (un portail sécurisé et filtré pour les enfants) et Qwant Maps (un service de cartographie open-source respectueux de la vie privée).

GESTE SYMBOLIQUE OU VRAI TOURNANT POUR LA SOUVERAINETÉ ?

Si cette démarche est saluée, une question cruciale demeure. Ce basculement est-il un simple geste politique ou le début d’un véritable tournant pour l’écosystème numérique européen ? Qwant, parfois qualifié de moteur de recherche français « mal-aimé » en raison de ses difficultés passées à s’imposer face au quasi-monopole de Google, se retrouve propulsé au cœur d’un projet politique continental majeur.

Pour les défenseurs de la souveraineté technologique, cette décision envoie un signal clair aux marchés et aux administrations publiques des pays membres, des alternatives crédibles existent sur le vieux continent. Cependant, les critiques rappellent que le défi technique reste immense pour le moteur français, qui devra prouver sa robustesse au quotidien pour répondre aux besoins d’une institution internationale aussi complexe que le Parlement européen.

LE PROJET EUROPÉEN DU NUMÉRIQUE EN ACCÉLÉRATION

Ce remplacement s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large de refonte des infrastructures numériques publiques en Europe. Face aux risques d’espionnage industriel, de fuites massives de données et de pressions géopolitiques étrangères, les institutions de l’Union européenne cherchent à bâtir un « cloud » et des outils applicatifs de confiance.

Le choix de Qwant démontre que la souveraineté ne se décrète pas seulement par des règlements ou des amendes infligées aux géants américains, mais par des actes d’achat public concrets. En accordant sa confiance à un acteur technologique européen, le Parlement pose une pierre supplémentaire dans l’édification d’un modèle numérique alternatif, respectueux des libertés individuelles et stratégiquement indépendant.

UNE NOUVELLE ÈRE POUR LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES ?

Si l’expérience s’avère concluante dans les mois à venir, il est fort probable que d’autres instances européennes, voire des ministères nationaux, suivent le mouvement. À une époque où la donnée est devenue une ressource hautement stratégique, le passage à Qwant symbolise le réveil d’une Europe numérique qui refuse de sous-traiter ses outils de réflexion et de recherche à des puissances étrangères.

SOURCES