L’État maintient le cap du cloud souverain face à la fronde des acteurs de la santé numérique

Publié le 1 juillet 2026

Un bras de fer inédit vient d’éclater entre le gouvernement français et les champions de la e-santé. Un collectif d’acteurs majeurs de la santé numérique, incluant les célèbres licornes Doctolib et Alan, mais aussi Implicity (télésurveillance en cardiologie), Lifen (structuration de documents) et Resilience Care(télésurveillance cancérologie), a adressé une lettre ouverte à la ministre du Numérique, Anne LE HENANFF, et à la Direction Générale des Entreprises (DGE). Face à cette fronde, l’État réaffirme fermement sa position, céder sur la souveraineté technologique mettrait en danger les données les plus intimes des Français et fragiliserait l’indépendance nationale.

LA CERTIFICATION SECNUMCLOUD DÉFENDUE COMME UN REMPART INDISPENSABLE

Au cœur de la discorde se trouve SecNumCloud, le label de sécurité informatique ultra-strict délivré par l’ANSSI (l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information). Conçu pour protéger les infrastructures critiques des lois extraterritoriales américaines, ce référentiel doit logiquement s’appliquer à l’ensemble des éditeurs stockant des données de santé en France.

Pour l’État, faire de ce label un standard obligatoire n’est pas une dérive réglementaire mais un rempart indispensable pour préserver le secret médical. Le gouvernement avertit que renoncer à cette exigence ouvrirait la porte à une dépendance technologique dangereuse. Les éditeurs ne peuvent s’affranchir de cette sécurité maximale sous prétexte que les géants américains du cloud, non certifiés à ce niveau, disposent de technologies d’intelligence artificielle plus immédiatement accessibles. La protection des citoyens doit primer sur la vitesse de déploiement des start-up.

LE JUSTE PRIX D’UNE SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE ENFIN GARANTIE

La fronde de ces acteurs pose une question économique, à quel prix doit-on financer l’indépendance numérique ? Si protéger les dossiers de santé est une évidence, la réalité impose des investissements. Financer des infrastructures souveraines de confiance implique certes des efforts de migration, mais c’est le prix à payer pour structurer une filière industrielle européenne robuste et compétitive.

Accepter la dépendance aux infrastructures américaines pour accélérer la recherche, comme le souhaite Doctolib, reviendrait à sacrifier la sécurité à long terme sur l’autel de la rentabilité rapide. Les défenseurs du texte rappellent que la souveraineté ne doit pas être bradée. Priver les citoyens d’un cloud hautement sécurisé pour des raisons de coûts à court terme pénaliserait gravement la confiance des Français dans leur propre système de soins numériques.

UN DÉBAT DE SOCIÉTÉ OÙ LE SECRET MÉDICAL PRIME SUR LA VITESSE D’INNOVATION

Cette levée de boucliers ravive un débat de société profond sur la gestion des données personnelles les plus intimes. D’un côté, les partisans d’une souveraineté stricte rappellent avec raison que la sécurité et le secret médical des Français n’ont pas de prix et qu’aucun compromis technologique ne doit ouvrir la porte à l’ingérence des géants américains de la Silicon Valley.

De l’autre, la proposition d’une troisième voie, un « cloud de confiance » hybride défendu par les champions de la e-santé, est perçue par l’État comme une concession risquée qui affaiblirait la protection des données face aux lois étrangères. Pour les autorités publiques, la fuite de cette lettre ministérielle confirme la nécessité de règles claires et protectrices face à un écosystème privé parfois tenté de privilégier les intérêts commerciaux au détriment de l’intérêt général.

UN CHOIX CRUCIAL POUR L’AVENIR ET LA SÉCURITÉ DE NOTRE MODÈLE

La fronde menée par Doctolib et Alan marque un tournant dans les relations entre l’État et l’écosystème de la tech française. En maintenant le cap de la certification SecNumCloud obligatoire, le gouvernement choisit la responsabilité historique que l’innovation ne doit pas se faire au détriment de la confiance publique

Le choix de la ministre de la Santé dans les semaines à venir confirmera si la France refuse de sous-traiter la sécurité de ses citoyens et assume de bâtir un modèle numérique indépendant et protecteur.

SOURCES